Achat immobilier en SCI : le guide complet pour investir à plusieurs

Guide pratique pour acheter un bien immobilier via une SCI.

Acheter un bien immobilier à plusieurs peut rapidement devenir un casse-tête juridique et fiscal. La Société Civile Immobilière (SCI) offre une solution élégante pour acquérir et gérer un patrimoine immobilier en famille ou entre associés, tout en évitant les pièges de l'indivision. Découvrez comment structurer votre achat immobilier via une SCI et optimiser votre investissement.

Qu'est-ce qu'une SCI et pourquoi l'utiliser pour un achat immobilier ?

Définition et principe de fonctionnement

Une SCI est une société civile qui permet à plusieurs personnes d'acheter et de gérer ensemble un ou plusieurs biens immobiliers. Contrairement à l'achat en indivision classique, le bien appartient à la société, et chaque associé détient des parts sociales proportionnelles à son apport.

Le mécanisme est simple : au lieu que trois personnes possèdent chacune un tiers d'un appartement en indivision, elles créent une société qui devient propriétaire à 100% du bien. Chaque associé possède alors des parts de cette société, et cette répartition peut être totalement personnalisée selon les apports de chacun.

Concrètement, si vous créez une SCI avec votre conjoint pour acheter un appartement de 300 000 €, vous pouvez décider que l'un détient 60% des parts (apport de 180 000 €) et l'autre 40% (apport de 120 000 €). Cette répartition flexible est impossible en indivision classique, où chacun possède nécessairement 50% du bien.

La SCI présente également l'avantage d'avoir une personnalité juridique propre : elle peut signer des contrats, emprunter auprès des banques, percevoir des loyers, engager sa responsabilité. C'est la société qui figure sur l'acte notarié d'achat, pas les associés individuellement.

Les différences fondamentales avec l'indivision

L'indivision est souvent subie (après un héritage par exemple) tandis que la SCI est choisie. Mais au-delà de cet aspect psychologique, les différences juridiques sont majeures.

En indivision, chaque propriétaire détient une quote-part du bien lui-même. Pour vendre, il faut l'accord unanime de tous. Pour faire des travaux importants, idem. Si un indivisaire veut sortir, il peut provoquer le partage judiciaire et forcer la vente du bien, même contre la volonté des autres. Cette rigidité génère fréquemment des blocages familiaux.

En SCI, les statuts définissent les règles du jeu dès le départ. Vous pouvez prévoir qu'une décision importante nécessite 75% des voix, ou donner au gérant des pouvoirs étendus pour gérer le quotidien. Un associé qui veut sortir doit respecter les modalités de cession prévues aux statuts (souvent un droit de préemption des autres associés), ce qui protège le projet commun.

Autre différence majeure : en indivision, chaque propriétaire peut louer sa quote-part sans demander l'avis des autres, ce qui peut créer des situations absurdes (imaginez un studio de 30 m² avec trois locataires différents !). En SCI, seule la société peut décider de louer le bien, garantissant une gestion cohérente.

Les cas d'usage les plus fréquents

La SCI s'avère particulièrement utile dans plusieurs situations types qui reviennent régulièrement dans la pratique :

L'achat familial : Des parents souhaitent acheter une résidence secondaire en Bretagne avec leurs deux enfants majeurs. La SCI permet de définir dès le départ qui paie quoi, qui décide des travaux, et comment le bien sera transmis. Les parents peuvent conserver 70% des parts et la gérance, garantissant qu'ils gardent le contrôle tant qu'ils le souhaitent, tout en associant déjà les enfants au projet. Cela évite les disputes futures sur "qui a le droit d'utiliser la maison en août" puisque tout est écrit dans les statuts.

L'investissement locatif à plusieurs : Deux amis veulent investir dans un immeuble de rapport à Lyon. La SCI encadre leur partenariat : répartition des loyers proportionnelle aux parts détenues, gestion des charges, modalités de sortie si l'un veut revendre ses parts (généralement avec un droit de préemption au profit de l'autre associé). Les statuts peuvent aussi prévoir ce qui se passe en cas de désaccord : médiation obligatoire, arbitrage, ou valorisation des parts selon une formule précise.

La préparation de la transmission : Un couple de 60 ans achète un appartement qu'ils prévoient de transmettre progressivement à leurs enfants. Ils créent une SCI, gardent la majorité des parts et la gérance, puis donneront régulièrement des parts pour profiter des abattements fiscaux (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans). L'intérêt ? Ils gardent le contrôle total du bien (en tant que gérants) tout en ayant déjà transmis une partie du patrimoine hors succession.

Le démembrement de propriété organisé : Des grands-parents souhaitent aider leurs petits-enfants à se constituer un patrimoine tout en conservant les revenus de leur vivant. Ils créent une SCI, donnent la nue-propriété des parts aux petits-enfants et gardent l'usufruit. Résultat : les petits-enfants accumulent un patrimoine (qui prendra toute sa valeur au décès des grands-parents), tandis que ces derniers continuent à percevoir les loyers.

La protection du patrimoine familial : Un chef d'entreprise veut acheter la résidence principale de sa famille en la protégeant de ses risques professionnels. Il crée une SCI dont son conjoint est gérant majoritaire, et la SCI achète la maison. En cas de difficultés de l'entreprise, le bien est mieux protégé car il appartient à une structure distincte dont le chef d'entreprise n'est qu'associé minoritaire.

Les associés : qui peut entrer dans une SCI ?

Une SCI nécessite au minimum deux associés, personnes physiques ou morales. Il n'y a pas de maximum. Les associés peuvent être :

Des membres d'une même famille : parents, enfants, frères et sœurs, conjoint, partenaire de PACS, concubin. C'est la configuration la plus fréquente, on parle alors de SCI familiale.

Des personnes sans lien familial : amis, collègues, partenaires d'affaires. Attention toutefois, car certains avantages fiscaux de la SCI familiale ne s'appliqueront pas.

Des personnes morales : une autre société peut être associée d'une SCI. Par exemple, une SCI peut être détenue par deux autres SCI, créant ainsi une structure en cascade pour des raisons d'optimisation patrimoniale complexe.

Un mineur : un enfant mineur peut être associé d'une SCI, ses parts étant gérées par ses représentants légaux jusqu'à sa majorité. C'est fréquent dans les stratégies de transmission patrimoniale anticipée.

Point important : deux époux mariés peuvent constituer une SCI à eux deux, mais attention au régime matrimonial. En communauté universelle, certains considèrent qu'il n'y a qu'un seul patrimoine donc qu'une seule "personne" aux yeux de la SCI, ce qui pose problème. Il est donc recommandé d'inclure un troisième associé (même symbolique avec 1% des parts) pour sécuriser la structure.

Les avantages d'acheter en SCI

Faciliter la gestion à plusieurs et éviter l'indivision

L'indivision classique impose la règle de l'unanimité pour les décisions importantes : vendre, faire des travaux lourds, ou modifier le bien. Un seul opposant bloque tout. Cette situation génère des conflits familiaux terribles, notamment après un héritage où les héritiers ne s'entendent pas sur la gestion du bien.

Avec une SCI, les statuts définissent les règles de manière personnalisée : majorité simple (50% + 1 des parts), majorité qualifiée (2/3, 3/4), ou même pouvoirs étendus du gérant pour les décisions de gestion courante.

Exemple concret : Marc, Julie et Thomas achètent un local commercial en indivision. Marc veut vendre car il a besoin de liquidités, Julie aussi car elle déménage à l'étranger, mais Thomas refuse car il espère une meilleure valorisation dans 5 ans. Blocage total. Seule solution : le partage judiciaire, procédure longue (2-3 ans) et coûteuse (plusieurs milliers d'euros d'avocat et d'huissier) qui aboutira à une vente forcée, souvent dans de mauvaises conditions car tout le monde sait que les vendeurs n'ont pas le choix.

S'ils avaient créé une SCI avec une clause de majorité des 2/3, la vente aurait pu se faire malgré l'opposition de Thomas. Les statuts auraient pu aussi prévoir que Thomas aurait un droit de préemption : soit il rachète les parts de Marc et Julie à un prix déterminé par expertise, soit la vente à un tiers se fait. Tout le monde garde la maîtrise.

Le rôle du gérant est central : il représente la SCI vis-à-vis des tiers (banque, locataires, administration), gère le quotidien sans avoir à consulter les associés pour chaque décision mineure, et facilite grandement la vie pratique. Par exemple, c'est le gérant qui signe le bail de location, qui engage les travaux d'entretien courant, qui ouvre le compte bancaire de la SCI.

Les statuts peuvent prévoir plusieurs gérants (co-gérance) pour équilibrer les pouvoirs, ou au contraire un gérant unique avec des pouvoirs très étendus si les autres associés lui font confiance. Dans une SCI familiale, les parents sont souvent co-gérants, ce qui leur permet de garder le contrôle même s'ils ont déjà donné la majorité des parts aux enfants.

Optimiser la transmission patrimoniale

Le principal atout fiscal de la SCI réside dans la valorisation des parts sociales endettées. Ce mécanisme mérite d'être bien compris car il représente un levier fiscal considérable.

Lorsque vous donnez des parts d'une SCI qui possède un bien de 500 000 € mais doit encore 300 000 € à la banque, la valeur des parts n'est que de 200 000 € (patrimoine net = actif - passif). C'est cette valeur nette qui sert de base au calcul des droits de donation.

Prenons un cas chiffré détaillé : Monsieur et Madame Durand créent une SCI pour acheter un bien de 400 000 € avec 250 000 € d'emprunt. Apport personnel : 150 000 €. Capital social de la SCI : 150 000 € réparti en 15 000 parts de 10 € chacune. Les époux détiennent chacun 7 500 parts.

Deux ans plus tard, ils ont remboursé 20 000 € de capital. Le bien vaut toujours 400 000 € (hypothèse stable), le capital restant dû est de 230 000 €. Valeur nette du patrimoine de la SCI : 170 000 €. Valeur théorique d'une part : 170 000 / 15 000 = 11,33 €.

Ils décident de donner 3 000 parts (20% de la SCI) à leur fils. Valeur fiscale de la donation : 3 000 × 11,33 € = 34 000 €, bien en-dessous de l'abattement de 100 000 € par parent tous les 15 ans. Chaque parent peut donner 1 500 parts (17 000 €) sans aucun droit à payer.

S'ils avaient donné directement 20% du bien en pleine propriété, la donation aurait porté sur 20% × 400 000 € = 80 000 € par parent. L'économie fiscale est massive : en tenant compte de l'emprunt, ils transmettent le même patrimoine réel avec une assiette fiscale réduite de moitié.

Autre avantage : les parents restent gérants de la SCI. Même après avoir donné la majorité des parts aux enfants, ils continuent à gérer le bien, percevoir les loyers (qu'ils utilisent pour rembourser l'emprunt), et prendre toutes les décisions. Les enfants sont propriétaires mais n'interfèrent pas dans la gestion tant que les parents sont gérants.

La donation-partage via SCI est particulièrement efficace. Les parents créent une SCI, achètent un bien, puis font une donation-partage des parts à leurs enfants. Cette technique fige la valeur des parts au jour de la donation pour le calcul des droits de succession futurs, évitant toute réévaluation. Si le bien prend de la valeur, cette plus-value échappera totalement aux droits de succession.

Exemple : En 2026, les parents donnent des parts valorisées à 200 000 €. En 2046, au décès du dernier parent, le bien vaut 600 000 €. Pour le calcul du rapport successoral entre les enfants, on retiendra 200 000 €, pas 600 000 €. Les 400 000 € de plus-value échappent totalement à la taxation.

Améliorer la capacité d'emprunt

La SCI mutualise les revenus et patrimoines des associés face à la banque. Deux personnes avec des revenus moyens obtiennent souvent de meilleures conditions qu'une seule, et peuvent emprunter des montants inaccessibles individuellement.

Cas pratique détaillé : Sophie gagne 2 500 €/mois (30 000 €/an) et peut emprunter environ 180 000 € sur 25 ans selon la règle des 33% d'endettement. Son frère Pierre gagne 3 000 €/mois (36 000 €/an) et peut emprunter 220 000 € sur la même durée.

Seuls, ils ne peuvent acheter qu'un petit studio ou un T2 dans une ville moyenne. Ensemble en SCI, ils présentent des revenus cumulés de 5 500 €/mois (66 000 €/an), leur permettant d'emprunter jusqu'à 400 000 € ensemble. Ils peuvent ainsi acheter un bel appartement ou même un petit immeuble de rapport qu'aucun n'aurait pu financer seul.

Les banques apprécient également la solidarité des associés : en cas de difficultés de l'un, l'autre continue de rembourser. Cette sécurité supplémentaire peut déboucher sur des taux d'intérêt plus avantageux. Dans notre exemple, Sophie et Pierre ont obtenu 3,2% sur 25 ans ensemble, alors que Sophie seule aurait eu 3,6% (surprime liée au profil moins solide).

Attention toutefois : la banque exigera généralement que tous les associés se portent caution solidaire de l'emprunt de la SCI. Cela signifie que si la SCI ne peut plus payer, chaque associé est responsable de la totalité de la dette, pas seulement de sa quote-part. C'est un engagement très lourd qu'il faut bien mesurer avant de créer une SCI avec des personnes autres que des membres proches de sa famille.

Flexibilité dans la répartition des droits et des pouvoirs

Les statuts de la SCI offrent une liberté contractuelle considérable pour organiser la vie de la société selon les besoins spécifiques des associés.

Répartition des parts différente de l'apport financier : Vous pouvez décider qu'un associé qui apporte 40% du capital aura 50% des parts pour équilibrer les pouvoirs. Ou inversement, qu'un associé qui apporte un bien en nature (un terrain par exemple) aura plus de parts que sa valeur stricte pour compenser son rôle dans le projet.

Dissociation entre propriété et pouvoir : Les statuts peuvent prévoir que certaines décisions nécessitent l'accord d'un associé spécifique, même minoritaire. Par exemple, dans une SCI familiale, les parents peuvent garder un droit de vetosur certaines décisions importantes (vente du bien) même s'ils ne détiennent plus que 20% des parts.

Clauses d'agrément personnalisées : Vous pouvez interdire la cession de parts à des tiers extérieurs, ou la soumettre à l'agrément des autres associés. Cela protège le caractère familial ou amical du projet. Certaines SCI prévoient même des clauses d'inaliénabilité temporaire (interdiction de vendre pendant X années) pour garantir la stabilité du projet.

Droits préférentiels : Les statuts peuvent donner à un associé un droit d'usage prioritaire du bien (par exemple, les parents dans une résidence secondaire), tout en répartissant les coûts selon les parts. Ou prévoir qu'un associé qui a trouvé le bien et monté le projet bénéficie d'un pourcentage supplémentaire sur la plus-value de revente.

Protection du patrimoine immobilier

La SCI peut servir à protéger un bien immobilier des aléas de la vie professionnelle ou personnelle, même si cette protection n'est pas absolue.

Séparation patrimoniale : Si vous êtes entrepreneur individuel ou professionnel libéral, vos biens personnels peuvent être saisis par vos créanciers professionnels. En faisant acheter votre résidence principale par une SCI dont vous n'êtes qu'associé minoritaire (votre conjoint étant majoritaire et gérant), vous créez une séparation patrimoniale qui complique les poursuites.

Protection en cas de divorce : Si vous achetez un bien via une SCI avant le mariage (ou avec des fonds propres), les parts restent des biens propres et échappent au partage de la communauté. Cela permet de protéger un patrimoine familial transmis par héritage ou donation.

Gestion d'une incapacité : Si un associé devient inapte (maladie d'Alzheimer par exemple), les autres associés et le gérant peuvent continuer à gérer le bien normalement, sans blocage. En indivision, il faudrait obtenir une mesure de protection juridique (tutelle, curatelle) pour chaque décision.

Attention toutefois : la protection patrimoniale via SCI a ses limites. En cas de fraude (SCI créée spécifiquement pour échapper aux créanciers), les juges peuvent écarter la personnalité juridique de la SCI. Et certains créanciers comme le fisc ou les organismes sociaux peuvent saisir les parts détenues dans la SCI, même si c'est moins efficace pour eux que de saisir directement un bien immobilier.

Les inconvénients et contraintes à connaître

Obligations comptables et administratives

Une SCI implique des formalités annuelles obligatoires qui représentent une charge administrative non négligeable :

Assemblée générale annuelle : Chaque année, même pour une SCI à deux associés, vous devez tenir une AG pour approuver les comptes, décider de l'affectation du résultat, et prendre les décisions importantes. Cette AG doit faire l'objet d'un procès-verbal signé par tous les associés, conservé dans le registre des décisions. Même si en pratique, pour une petite SCI familiale, cela se fait autour de la table du salon, l'obligation légale existe.

Approbation des comptes : La SCI doit établir des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexes) même si elle n'a pas d'activité locative. Pour une SCI à l'IR sans activité complexe, ces comptes peuvent être tenus simplement, mais ils doivent exister. Si la SCI a opté pour l'IS, la comptabilité doit être rigoureuse et respecter le plan comptable général, ce qui impose généralement de recourir à un expert-comptable.

Déclarations fiscales : Même une SCI à l'IR doit déposer une déclaration de résultat (formulaire 2072) qui récapitule les revenus et charges, ainsi que la répartition du résultat entre les associés. Chaque associé déclare ensuite sa quote-part dans sa déclaration d'impôt sur le revenu personnelle.

Tenue des registres : La SCI doit tenir un registre des décisions (achats, ventes, travaux importants, modifications statutaires), un registre des mouvements de parts, et depuis 2017, un registre des bénéficiaires effectifs (personnes qui détiennent plus de 25% des parts ou qui exercent un contrôle).

Ces obligations génèrent des coûts récurrents variables selon la complexité :

  • SCI familiale simple à l'IR : 200 à 500 € par an (si vous gérez vous-même ou avec un comptable pour la déclaration 2072)
  • SCI à l'IR avec activité locative importante : 800 à 1 500 € par an (expert-comptable recommandé)
  • SCI à l'IS : 1 500 à 3 000 € par an minimum (expert-comptable obligatoire en pratique)

Modifications statutaires : Chaque changement important doit être formalisé. Nouvel associé ? Il faut modifier les statuts, publier une annonce légale (150-200 €), déposer au greffe (environ 200 €). Changement de gérant ? Même procédure. Augmentation de capital ? Idem. Ces formalités coûtent entre 300 et 600 € à chaque fois.

Exemple concret : La famille Martin a créé une SCI en 2020 pour acheter une maison secondaire. En 2023, ils veulent que leur fille aînée devienne co-gérante avec les parents. Coûts : rédaction du procès-verbal de décision (gratuit si fait soi-même, 300 € par un professionnel), annonce légale (180 €), formalités greffe (195 €). Total : minimum 375 €, jusqu'à 675 € avec accompagnement.

Limitations d'usage du bien

Point crucial que beaucoup découvrent trop tard : une SCI ne peut pas faire de location meublée ni de location courte durée type Airbnb. La raison ? Ces activités sont considérées comme commerciales, incompatibles avec la nature civile de la société.

Location meublée interdite : Une SCI est une société civile, son objet doit rester civil (gestion immobilière). La location meublée est considérée comme une activité commerciale par l'administration fiscale dès lors qu'elle s'accompagne de prestations para-hôtelières (fourniture de linge, petit-déjeuner, ménage) ou qu'elle est exercée de manière professionnelle. Faire de la location meublée via une SCI risque la requalification en société de fait commerciale, avec des conséquences fiscales lourdes.

Exemple problématique : La famille Martin crée une SCI pour acheter un appartement à Paris qu'ils louent meublé pour optimiser la rentabilité. Loyers : 1 800 €/mois en meublé contre 1 200 € en vide. Après 3 ans, contrôle fiscal. L'administration fiscale requalifie l'activité en commerciale. Conséquences :

  • La SCI perd le régime de l'IR et bascule en BIC (bénéfices industriels et commerciaux)
  • Perte de tous les avantages de la SCI (abattements pour durée de détention sur les plus-values)
  • Risque de redressement fiscal sur les 3 années précédentes
  • Obligation de transformer la SCI (en SCI soumise obligatoirement à l'IS ou en société commerciale type SARL)

Location de courte durée (Airbnb, Abritel) : Même problème. La jurisprudence considère que la location saisonnière avec rotation rapide des locataires et gestion active s'apparente à une activité commerciale. Une SCI peut louer sa résidence secondaire quelques semaines par an en saisonnier sans problème, mais pas exploiter systématiquement le bien en location courte durée toute l'année.

Solution pour la location meublée : Si vous voulez absolument faire de la location meublée dans une structure sociétaire, il faut créer une SARL de famille (si tous les associés sont de la même famille) ou une SAS, qui sont des sociétés commerciales. Vous perdez alors certains avantages de la SCI (souplesse des statuts, fiscalité de la plus-value) mais vous pouvez louer en meublé légalement.

Absence de protections spécifiques

La SCI n'ouvre pas droit à plusieurs dispositifs réservés aux particuliers :

Le prêt à taux zéro (PTZ) : Ce prêt aidé, qui peut représenter 40 000 à 80 000 € pour un primo-accédant achetant un logement neuf en zone tendue, est strictement réservé aux personnes physiques pour l'achat de leur résidence principale. Une SCI ne peut pas en bénéficier, même si les associés sont primo-accédants.

Un jeune couple primo-accédant qui créerait une SCI pour acheter sa résidence principale perdrait le bénéfice du PTZ. Or, avec le PTZ, ils pourraient emprunter 320 000 € dont 60 000 € à taux zéro. Sans PTZ via la SCI, ils doivent emprunter 320 000 € entièrement à 3,5%, soit un surcoût de 35 000 € d'intérêts sur 25 ans. Dans ce cas, l'achat direct en nom propre reste largement préférable.

Protections de la loi Scrivener : Cette loi protège les emprunteurs personnes physiques pour leur résidence principale ou secondaire : délai de rétractation de 10 jours après la première offre de prêt, impossibilité pour la banque de modifier les conditions, délai de réflexion obligatoire. Une SCI qui emprunte n'en bénéficie pas, elle est régie par les règles du droit commun. Les banques peuvent donc être moins souples, exiger plus de garanties.

Dispositifs de défiscalisation immobilière : Les dispositifs Pinel, Denormandie, Malraux sont réservés aux particuliers personnes physiques, pas aux sociétés. Vous ne pouvez pas acheter un logement neuf via votre SCI et bénéficier de la réduction d'impôt Pinel. Certains dispositifs (Malraux, monuments historiques) fonctionnent avec une SCI transparente à l'IR, mais c'est l'exception.

Exonération de plus-value sur la résidence principale : Si vous vendez votre résidence principale, la plus-value est totalement exonérée d'impôt. Si votre résidence principale est détenue par une SCI, cette exonération ne s'applique pas (même si vous occupez le bien), sauf cas très particuliers. La plus-value sera taxée selon le régime des particuliers (avec abattements pour durée de détention, mais pas d'exonération totale).

Complexité de sortie et de dissolution

Sortir d'une SCI ou dissoudre la structure est beaucoup plus complexe que de vendre un bien en nom propre.

Cession de parts : Si un associé veut partir, il doit céder ses parts. Mais à qui ? Les statuts prévoient généralement un droit de préemption au profit des autres associés. Si personne ne veut racheter, il faut trouver un acquéreur extérieur, mais celui-ci doit être agréé par les autres associés (clause d'agrément). Et comment valoriser les parts ? Il faut souvent faire appel à un expert immobilier pour évaluer le bien, puis calculer la valeur nette (actif - dettes), ce qui coûte 1 000 à 2 500 €.

La cession de parts elle-même est soumise à droits d'enregistrement :

  • 5% du prix si cession à un tiers (non-membre de la famille)
  • 2,5% du prix après abattement si cession entre membres de la famille (après abattement de 5 000 € par part cédée au profit de chaque associé), mais ce régime de faveur est complexe

Exemple : Pierre veut vendre ses 40% de parts dans une SCI valorisée à 300 000 € net. Valeur de ses parts : 120 000 €. S'il vend à son frère (famille) : droits de 2,5% après abattements complexes, soit environ 2 500 à 3 000 €. S'il vend à un ami de la famille : droits de 5% soit 6 000 €. En plus, frais de rédaction de l'acte de cession, publication si modification des statuts, etc. Total : 3 000 à 8 000 € de frais de sortie.

Dissolution de la SCI : Si tous les associés veulent arrêter, il faut dissoudre la société. Procédure :

  1. Assemblée générale extraordinaire décidant la dissolution
  2. Nomination d'un liquidateur (souvent le gérant)
  3. Vente du bien immobilier (avec frais de notaire classiques : 7-8% du prix)
  4. Remboursement des dettes
  5. Partage de l'actif net entre les associés selon leurs parts
  6. Clôture de la liquidation
  7. Radiation au greffe

Cette procédure prend 6 mois à 2 ans selon la complexité, et coûte entre 1 500 et 5 000 € de formalités (sans compter les frais de vente du bien). Si les associés ne sont pas d'accord sur les modalités, cela peut dégénérer en conflit judiciaire très coûteux.

Risque de requalification fiscale

L'administration fiscale surveille les SCI de près car certains contribuables tentent d'en abuser pour échapper à l'impôt.

Requalification en société de fait : Si la SCI ne fonctionne pas réellement (pas d'AG, pas de comptes, pas de formalisme), l'administration peut la requalifier en indivision ou en société de fait, avec perte de tous les avantages fiscaux.

Requalification en abus de droit : Si la SCI a été créée uniquement pour échapper à l'impôt, sans justification économique ou patrimoniale réelle, l'administration peut invoquer l'abus de droit. Conséquences : remise en cause de tous les avantages fiscaux + pénalités de 40 à 80% + intérêts de retard.

Exemple jurisprudentiel : Un couple crée une SCI, y fait apporter leur résidence principale, puis la revend immédiatement. Objectif : profiter du fait que la plus-value de la SCI bénéficie d'abattements pour durée de détention (alors que leur résidence principale était déjà exonérée). Le fisc a requalifié en abus de droit, considérant que l'interposition de la SCI n'avait aucun but autre que fiscal.

Requalification en activité commerciale : On l'a vu avec la location meublée, mais cela peut aussi concerner une SCI qui fait trop d'opérations d'achat-revente (marchand de biens), ou qui gère un patrimoine trop important de manière trop professionnelle.

SCI à l'IR ou SCI à l'IS : quel régime fiscal choisir ?

Le choix du régime fiscal est absolument crucial et doit être mûrement réfléchi car l'option pour l'IS est définitive et irrévocable. Impossible de revenir en arrière ensuite.

La SCI à l'IR (régime par défaut)

Par défaut, votre SCI est soumise à l'impôt sur le revenu en transparence : ce sont les associés qui paient l'impôt, pas la société. La SCI est fiscalement "transparente", elle ne paie pas d'impôt elle-même.

Mécanisme de taxation

Chaque associé déclare sa quote-part de revenus fonciers dans sa déclaration personnelle d'impôt sur le revenu (formulaire 2044), proportionnellement aux parts qu'il détient. Ces revenus sont ensuite taxés selon le barème progressif de l'IR (de 0% à 45% selon les tranches).

Exemple détaillé : La SCI Martin détient un appartement loué 1 000 €/mois, soit 12 000 € de loyers annuels. Charges déductibles (taxe foncière, assurance, travaux d'entretien, intérêts d'emprunt) : 4 000 €. Résultat foncier : 8 000 €.

Répartition des parts :

  • Madame Martin : 70% des parts → 5 600 € de revenus fonciers à déclarer
  • Monsieur Martin : 30% des parts → 2 400 € de revenus fonciers à déclarer

Madame Martin est dans la tranche marginale à 30%, elle paiera 5 600 × 30% = 1 680 € d'impôt + 17,2% de prélèvements sociaux (964 €) = 2 644 € au total.

Monsieur Martin est dans la tranche à 11%, il paiera 5 600 × 11% = 264 € d'impôt + 17,2% de prélèvements sociaux (413 €) = 677 € au total.

Total d'impôt pour la SCI : 3 321 €, soit 27,7% du résultat foncier. Mais ce taux dépend totalement de la situation fiscale personnelle de chaque associé.

Charges déductibles

Les charges déductibles en SCI à l'IR sont les mêmes qu'en revenus fonciers classiques :

  • Intérêts d'emprunt (mais pas le capital remboursé)
  • Taxe foncière
  • Primes d'assurance (PNO, GLI)
  • Frais de gestion (comptable, syndic)
  • Travaux d'entretien et de réparation (pas les travaux d'amélioration ou de construction)
  • Provisions pour charges de copropriété

Attention : l'amortissement du bien n'est pas déductible en SCI à l'IR. Vous ne pouvez pas déduire la dépréciation théorique de votre immeuble. C'est un désavantage majeur par rapport à l'IS.

Plus-values à la revente

Le régime des plus-values immobilières des particuliers s'applique. Avantage majeur : les abattements pour durée de détention.

Calcul : Plus-value brute = Prix de vente - (Prix d'achat + Frais d'acquisition + Travaux)

Abattements :

  • 6% par an de la 6e à la 21e année de détention pour l'impôt (soit exonération totale après 22 ans)
  • 9% la 22e année pour l'impôt (bonus)
  • 1,65% par an de la 6e à la 21e année pour les prélèvements sociaux
  • 1,60% la 22e année pour les prélèvements sociaux
  • 9% par an de la 23e à la 30e année pour les prélèvements sociaux (exonération totale après 30 ans)

Taxation : 19% d'impôt + 17,2% de prélèvements sociaux sur la plus-value nette après abattements.

Exemple chiffré : Vous avez acheté via SCI un bien 300 000 € en 2010. Vous le revendez en 2026 (16 ans de détention) pour 500 000 €.

Plus-value brute : 500 000 - 300 000 = 200 000 €

Abattement impôt : 16 ans - 5 ans = 11 ans × 6% = 66% d'abattement Plus-value nette imposable : 200 000 × 34% = 68 000 € Impôt : 68 000 × 19% = 12 920 €

Abattement prélèvements sociaux : 11 ans × 1,65% = 18,15% Plus-value nette : 200 000 × 81,85% = 163 700 € Prélèvements sociaux : 163 700 × 17,2% = 28 156 €

Total : 41 076 € d'imposition sur 200 000 € de plus-value, soit un taux réel de 20,5%. Si vous aviez attendu 22 ans, l'impôt de 19% aurait été totalement exonéré (gain de 12 920 €).

Régime micro-foncier

Si vos revenus fonciers sont inférieurs à 15 000 € par an, vous pouvez opter pour le régime micro-foncier qui offre un abattement forfaitaire de 30% sans justificatifs de charges.

Exemple : Loyers annuels de la SCI : 10 000 €. En micro-foncier, revenu imposable : 10 000 × 70% = 7 000 €. Vous ne déclarez aucune charge réelle, l'abattement de 30% est automatique.

C'est intéressant si vos charges réelles sont faibles (bien sans emprunt, sans gros travaux). Mais si vous avez un crédit avec des intérêts importants, le régime réel sera plus avantageux.

Avantages de la SCI à l'IR

Simplicité de gestion : Pas besoin d'expert-comptable pour une petite SCI familiale. Vous pouvez gérer la comptabilité vous-même et simplement déclarer les revenus fonciers.

Flexibilité : Vous pouvez basculer vers l'IS si vos besoins évoluent (mais impossible de revenir en arrière).

Optimisation des plus-values : Exonération progressive avec les abattements pour durée de détention. Parfait pour un patrimoine de long terme.

Transmission facilitée : Les donations et successions bénéficient du régime favorable des biens immobiliers des particuliers.

Pas de double taxation : À la différence de l'IS où la distribution des bénéfices est taxée deux fois (IS puis IR sur les dividendes), à l'IR vous n'êtes taxé qu'une fois.

Inconvénients de la SCI à l'IR

Impossibilité d'amortir : Gros handicap si vous avez un patrimoine important qui génère des revenus substantiels.

Déficits limités : Les déficits fonciers sont déductibles du revenu global à hauteur de 10 700 € par an seulement (le surplus est reportable sur les revenus fonciers des 10 années suivantes). Si votre SCI génère un déficit important la première année (gros travaux), vous ne pourrez pas tout déduire immédiatement.

Taxation selon barème progressif : Si vous êtes dans une tranche élevée (41% ou 45%), vos revenus fonciers seront lourdement taxés.

La SCI à l'IS (option sur demande)

L'option pour l'impôt sur les sociétés (IS) transforme radicalement le fonctionnement fiscal de votre SCI. C'est un choix très structurant qui doit être mûrement réfléchi.

Mécanisme de taxation

La SCI devient une personne fiscale distincte. C'est elle qui paie l'impôt sur ses bénéfices, pas les associés. Les associés ne sont taxés personnellement que s'ils perçoivent des dividendes ou des rémunérations.

Taux d'IS en 2026 :

  • 15% sur les bénéfices jusqu'à 42 500 € (si CA < 10 M€ et capital détenu à 75% par des personnes physiques)
  • 25% au-delà de 42 500 €

Exemple : La SCI Durand génère 60 000 € de bénéfice après amortissement. Elle paiera :

  • 42 500 × 15% = 6 375 €
  • (60 000 - 42 500) × 25% = 4 375 €
  • Total IS : 10 750 €

Résultat net après impôt : 49 250 €. Ce montant reste dans la société et n'est pas taxé chez les associés tant qu'il n'est pas distribué.

Si la SCI décide de distribuer 30 000 € en dividendes, les associés paieront :

  • Soit flat tax de 30% (12,8% IR + 17,2% PS) = 9 000 €
  • Soit barème progressif après abattement de 40% (option possible)

Au total, double taxation : 10 750 € d'IS + 9 000 € sur dividendes = 19 750 € d'impôt pour 60 000 € de bénéfice distribué, soit 32,9%. Mais si la SCI garde l'argent en trésorerie pour réinvestir, seuls les 10 750 € d'IS sont payés.

Amortissement du bien : l'atout majeur

C'est le principal avantage de l'IS : vous pouvez amortir le bien immobilier, c'est-à-dire déduire chaque année la perte de valeur théorique du bâtiment (mais pas du terrain).

Méthodologie :

  1. Séparer la valeur du terrain (non amortissable) et du bâti (amortissable)
  2. Amortir le bâti sur sa durée d'utilisation (20 à 50 ans selon le type de bien)
  3. Éventuellement, décomposer le bien en composants ayant des durées différentes (gros œuvre 50 ans, toiture 25 ans, installations 10-15 ans)

Exemple détaillé : Achat d'un immeuble de rapport pour 800 000 €.

  • Valeur du terrain : 200 000 € (25%)
  • Valeur du bâti : 600 000 € (75%)

Décomposition du bâti :

  • Gros œuvre (50%) : 300 000 € amorti sur 50 ans = 6 000 €/an
  • Second œuvre (30%) : 180 000 € amorti sur 30 ans = 6 000 €/an
  • Équipements (20%) : 120 000 € amorti sur 15 ans = 8 000 €/an

Total amortissement annuel : 20 000 €

Revenus locatifs : 60 000 € Charges réelles (hors amortissement) : 15 000 € Amortissement : 20 000 € Résultat fiscal : 60 000 - 15 000 - 20 000 = 25 000 €

IS dû : 25 000 × 15% = 3 750 €

Sans amortissement (si SCI à l'IR), le résultat imposable aurait été de 45 000 €, taxé entre 30 et 45% selon les associés, soit 13 500 à 20 250 € d'impôt. L'économie est substantielle.

Plus-values à la revente : le gros problème

C'est l'inconvénient majeur de l'IS : les plus-values sont taxées comme des bénéfices professionnels, sans aucun abattement pour durée de détention.

Taxation : Flat tax de 30% (12,8% IR + 17,2% PS) ou sur option, barème progressif de l'IR + PS.

Mais ce n'est pas tout : il faut réintégrer les amortissements pratiqués. Si vous avez amorti 300 000 € sur la durée de détention, ces 300 000 € seront taxés à la revente comme une plus-value, même si le bien n'a pas réellement pris de valeur.

Exemple catastrophique : Vous achetez un bien 800 000 € en SCI à l'IS. Vous l'amortissez à hauteur de 20 000 €/an pendant 20 ans = 400 000 € d'amortissements cumulés. Vous revendez le bien 850 000 € après 20 ans.

Plus-value comptable brute : 850 000 - 800 000 = 50 000 € Amortissements à réintégrer : 400 000 € Plus-value fiscale : 50 000 + 400 000 = 450 000 €

Taxation : 450 000 × 30% = 135 000 € !

En SCI à l'IR, après 22 ans de détention, vous auriez payé 0 € d'impôt et seulement 50 000 × 17,2% = 8 600 € de prélèvements sociaux (qui auraient aussi été exonérés après 30 ans).

L'IS est donc catastrophique pour la revente à moyen terme. Il ne se justifie que si vous comptez conserver le patrimoine très longtemps (transmission par donation des parts plutôt que vente), ou si votre stratégie est de réinvestir en permanence sans jamais vendre.

Report des déficits

En IS, les déficits sont reportables indéfiniment sur les exercices futurs (dans la limite de 1 M€ par an + 50% du bénéfice au-delà).

Exemple : Année 1, gros travaux, la SCI perd 80 000 €. Années 2 à 5, elle gagne 25 000 €/an. Le déficit de l'année 1 sera imputé sur les bénéfices des 4 années suivantes, ramenant l'impôt à zéro sur cette période. En revanche, à l'IR, vous ne pourriez déduire que 10 700 € du revenu global l'année 1, le reste étant reportable uniquement sur les revenus fonciers futurs.

Comptabilité d'entreprise obligatoire

Une SCI à l'IS doit tenir une comptabilité commerciale complète :

  • Enregistrement de toutes les opérations (achats, ventes, amortissements)
  • Bilan, compte de résultat, annexe
  • Liasse fiscale (imprimés 2050 à 2059)
  • Télédéclaration des résultats
  • Éventuellement, TVA si la SCI exerce une activité assujettie

En pratique, cela impose de faire appel à un expert-comptable, avec des honoraires de 1 500 à 3 000 € par an pour une SCI simple, pouvant monter à 5 000-8 000 € pour un patrimoine complexe avec plusieurs biens.

C'est un coût fixe important qui pèse sur la rentabilité, surtout pour un petit patrimoine. Il faut que l'économie d'IS grâce à l'amortissement compense largement ces frais.

Quand opter pour l'IS ?

L'IS se justifie dans certaines situations spécifiques :

Gros patrimoine locatif : Si vous détenez un immeuble qui génère 80 000 à 100 000 € de revenus locatifs nets par an, l'amortissement permettra de réduire significativement la base imposable, et les 2 000-3 000 € d'expert-comptable ne pèseront que 2-3% du chiffre d'affaires.

Stratégie de capitalisation : Vous ne souhaitez pas distribuer les bénéfices mais les réinvestir dans de nouveaux projets immobiliers. L'IS permet de garder l'argent dans la société taxé à 15-25%, tandis qu'à l'IR vous seriez taxé à 30-45% même si vous ne sortez pas l'argent.

Associés fortement imposés : Si tous les associés sont dans les tranches à 41% ou 45%, l'IS à 15-25% peut être plus avantageux, surtout s'ils n'ont pas besoin de distribuer les revenus.

Patrimoine détenu très long terme : Si vous comptez transmettre les parts par donation plutôt que de revendre (évitant ainsi le problème de la taxation lourde des plus-values), l'IS peut être intéressant.

Quand éviter l'IS ?

Petit patrimoine familial : Pour une SCI familiale avec un ou deux biens locatifs générant 10 000-30 000 € de revenus, les frais de comptabilité (1 500-3 000 €) et la complexité ne se justifient généralement pas.

Projet de revente à moyen terme : Si vous comptez revendre dans les 10-20 ans, la taxation lourde des plus-values rend l'IS désavantageux.

Résidence secondaire : Pour un bien que vous occupez vous-même sans loyer, l'IS n'apporte rien (pas de revenus à lisser, pas d'amortissement utile) et complique tout.

Transmission patrimoniale pure : Si votre seul objectif est de transmettre à vos enfants en optimisant les droits de donation, l'IR suffit largement.

Tableau comparatif complet IR vs IS
Tableau comparatif complet IR vs IS
Critère SCI à l'IR SCI à l'IS
Imposition des loyers Barème IR des associés (0 à 45%) + PS 17,2% Société (15% ou 25%)
Amortissement du bien Non Oui (sur 20-50 ans)
Déduction déficits 10 700 €/an sur revenu global Report illimité sur bénéfices futurs
Plus-values revente 19% + 17,2% avec abattements durée 30% (flat tax) sans abattement + réintégration amortissements
Exonération PV long terme Après 22 ans (IR) et 30 ans (PS) Jamais
Comptabilité Simplifiée (revenus fonciers) Complète avec expert obligatoire
Coûts annuels 200 à 500 € 1 500 à 5 000 €
Distribution bénéfices Pas de fiscalité supplémentaire Flat tax 30% ou barème sur dividendes
Réversibilité Option IS possible Irrévocable
Transmission Régime des particuliers favorable Plus complexe (valorisation, IS latent)
Location meublée Interdite (sauf meublés de tourisme limités) Possible (mais alors LMNP impossible)
Apport de bien 5% droits enregistrement 5% droits enregistrement

Recommandation pratique

Privilégiez l'IR dans 90% des cas : Pour une SCI familiale d'acquisition ou de gestion patrimoniale classique, l'IR reste le régime le plus adapté. Il offre la simplicité, la flexibilité, et des avantages fiscaux substantiels sur le long terme (exonération progressive des plus-values).

Envisagez l'IS uniquement si :

  • Vous détenez un patrimoine locatif très important (plusieurs millions d'euros)
  • Vous générez des revenus locatifs élevés (> 80 000 €/an)
  • Vous n'envisagez pas de revendre avant 30-40 ans
  • Vous avez une stratégie de réinvestissement permanente
  • Vous êtes accompagné par un expert-comptable et un avocat fiscaliste

En cas de doute, consultez un professionnel avant d'opter pour l'IS. L'option est irrévocable et une erreur peut coûter des dizaines de milliers d'euros.

Comment créer une SCI pour acheter un bien immobilier ?

Étape 1 : Rédiger les statuts

Les statuts constituent le contrat fondateur de votre SCI et son document le plus important. Ils régissent toute la vie de la société et doivent être rédigés avec soin.

Mentions obligatoires

Dénomination sociale : Le nom de votre SCI. Vérifiez sa disponibilité gratuitement sur le site Infogreffe. Évitez les noms trop génériques ou qui reprennent des marques déposées. Exemples : "SCI Famille Durand", "SCI Les Lavandes", "SCI Patrimoine Martin".

Forme juridique : Mentionnez explicitement qu'il s'agit d'une "Société Civile Immobilière régie par les articles 1832 et suivants du Code civil".

Objet social : Doit être purement civil. Formulez par exemple : "La société a pour objet l'acquisition, la gestion et l'administration de tous biens et droits immobiliers, par voie d'achat, d'échange ou d'apport. La mise en location de ces biens. Et plus généralement, toutes opérations civiles se rattachant directement ou indirectement à cet objet."

N'indiquez jamais d'activité commerciale (achat-revente, location meublée professionnelle) sous peine de requalification.

Siège social : L'adresse officielle de la SCI. Souvent le domicile d'un des associés ou l'adresse du bien à acquérir. Vous pouvez ensuite le transférer facilement.

Durée : Généralement 99 ans (maximum autorisé). Pas de raison de mettre moins, car la durée peut toujours être réduite ou prorogée.

Capital social : Montant minimum de 1 € depuis 2009, mais c'est purement théorique. En pratique, fixez un capital cohérent avec votre projet :

  • 10 à 20% de la valeur du bien si vous financez en grande partie à crédit (améliore votre crédibilité bancaire)
  • 100% de la valeur si vous achetez comptant

Le capital peut être fixe ou variable. Capital variable : permet de faire entrer de nouveaux associés ou d'augmenter le capital sans formalités lourdes, entre un plancher et un plafond défini aux statuts.

Apports : Détaillez les apports de chaque associé :

  • Apports en numéraire : sommes d'argent versées
  • Apports en nature : bien immobilier, terrain, matériel (nécessite un commissaire aux apports si valeur > 30 000 € ou > 50% du capital)
  • Apports en industrie : travail, compétences (n'entrent pas dans le capital mais donnent droit aux bénéfices)

Répartition des parts : Précisez combien de parts sont attribuées à chaque associé, leur valeur nominale (par exemple 10 € la part), et le nombre total de parts.

Exemple : Capital de 200 000 € divisé en 20 000 parts de 10 € chacune.

  • Paul : 10 000 parts (50%)
  • Marie : 6 000 parts (30%)
  • Sophie : 4 000 parts (20%)

Gérance : Nommez le ou les gérants (un ou plusieurs associés ou même un tiers). Précisez leurs pouvoirs :

  • Gestion courante sans limitation
  • Actes importants (vente, emprunt, travaux > X €) nécessitant l'accord de l'AG
  • Durée du mandat (déterminée ou viagère)
  • Rémunération éventuelle

Décisions collectives : Fixez les règles de vote en assemblée générale :

  • Décisions ordinaires (approbation des comptes, affectation résultat) : majorité simple, 50% + 1 des parts
  • Décisions extraordinaires (modification statuts, dissolution) : majorité qualifiée 2/3 ou 3/4
  • Décisions stratégiques (vente du bien, emprunt) : unanimité ou majorité des 3/4 selon votre choix

Cession et transmission de parts : C'est crucial pour organiser les entrées et sorties. Prévoyez :

Agrément : La cession à un tiers nécessite-t-elle l'accord des autres associés ? Si oui, selon quelle majorité ? En général, liberté totale entre associés et membres de la même famille, agrément obligatoire pour les tiers.

Droit de préemption : En cas de cession, les autres associés ont-ils un droit prioritaire de racheter les parts au même prix ?

Clause d'inaliénabilité : Peut-on interdire toute cession pendant X années (maximum 10 ans) pour garantir la stabilité ?

Valorisation des parts : Comment fixer le prix en cas de cession ? Par expertise ? Par une formule comptable (actif net) ?

Clauses facultatives mais recommandées

Clause d'exclusion : Possibilité d'exclure un associé en cas de faute grave (non-paiement des appels de fonds, mise en péril de la société). Prévoyez les modalités : vote à la majorité qualifiée, rachat des parts à dire d'expert.

Clause de sortie conjointe (tag along) : Si un associé majoritaire vend ses parts à un tiers, les minoritaires peuvent exiger de vendre aussi les leurs aux mêmes conditions. Protège les petits associés.

Clause de sortie forcée (drag along) : Inversement, si un associé majoritaire veut vendre, il peut obliger les minoritaires à vendre aussi. Facilite les cessions globales.

Clause de médiation : En cas de conflit, obligation de passer par une médiation avant toute action en justice. Économise du temps et de l'argent.

Usufruit et nue-propriété : Possibilité de démembrer les parts (un associé a l'usufruit et perçoit les revenus, un autre la nue-propriété). Très utile pour les transmissions.

Rédaction : avocat, notaire ou modèle en ligne ?

Modèles gratuits en ligne : De nombreux sites proposent des statuts-types. C'est économique (gratuit) mais risqué : ils sont génériques, pas adaptés à votre situation, et peuvent comporter des erreurs ou des clauses inadaptées.

Modèles payants (50-200 €) : Services en ligne qui vous posent des questions et génèrent des statuts personnalisés. Mieux que le gratuit, mais restent standardisés.

Avocat spécialisé (500-1 500 €) : Recommandé pour une SCI avec enjeux importants, patrimoines complexes, ou associés non-familiaux. L'avocat rédige des statuts sur-mesure, anticipe les problèmes, et sécurise votre montage.

Notaire (600-2 000 €) : Le notaire peut aussi rédiger les statuts, surtout si vous faites un apport immobilier en nature. Il intervient souvent en amont de l'acte d'achat du bien.

Recommandation : Pour une SCI familiale simple (parents-enfants, acquisition d'un bien locatif classique), un modèle payant bien fait ou un avocat pour 500-800 € suffit. Pour une SCI complexe (associés multiples, gros patrimoine, stratégie fiscale pointue), investissez dans un avocat fiscaliste.

Étape 2 : Constituer et déposer le capital

Ouverture du compte bancaire

Vous devez ouvrir un compte au nom de la SCI (compte professionnel ou compte courant selon les banques). Certaines banques en ligne acceptent les SCI familiales avec des frais réduits (0-10 €/mois), d'autres banques traditionnelles facturent 15-30 €/mois.

Documents à fournir généralement :

  • Statuts signés (projet ou définitifs)
  • Pièce d'identité du gérant
  • Justificatif de domicile du siège social
  • Liste des associés et leurs coordonnées

Dépôt des apports

Apports en numéraire : Chaque associé vire ou dépose sa quote-part sur le compte de la SCI. La banque délivre une attestation de dépôt des fonds que vous devrez joindre à votre dossier d'immatriculation.

Important : Les fonds sont bloqués jusqu'à l'immatriculation. Dès que vous recevez le Kbis, vous présentez le document à la banque qui débloque les fonds.

Libération du capital : Vous pouvez ne libérer qu'une partie du capital à la création (minimum 20% pour les sociétés commerciales, pas de minimum légal pour les SCI mais les banques exigent souvent 100% en pratique). Le solde doit être appelé et libéré dans les 5 ans.

Apports en nature (bien immobilier, terrain) : Si un associé apporte un bien qu'il possède déjà, cet apport doit être évalué. Si sa valeur dépasse 30 000 € ou 50% du capital, vous devez nommer un commissaire aux apports (1 000-2 500 € d'honoraires) qui établit un rapport sur la valeur.

Cet apport est soumis aux droits d'enregistrement de 5% du montant, ce qui peut être très coûteux. Exemple : Apport d'un bien de 300 000 €, droits de 15 000 €. Il est souvent préférable de vendre le bien à la SCI plutôt que de l'apporter.

Étape 3 : Publier l'annonce légale

Vous devez faire paraître un avis de constitution dans un journal d'annonces légales (JAL) habilité du département du siège social.

Contenu de l'annonce

L'annonce doit mentionner :

  • Dénomination : "SCI Les Lavandes"
  • Forme juridique : "Société Civile Immobilière"
  • Capital : "au capital de 150 000 euros"
  • Siège social : "15 rue de la Paix, 75002 Paris"
  • Objet : "Acquisition et gestion de biens immobiliers" (résumé)
  • Durée : "99 ans"
  • Gérance : "M. Paul Durand, demeurant..., nommé gérant"
  • Immatriculation : "La société sera immatriculée au RCS de Paris"

Démarche

Deux options :

  1. En ligne : Via des plateformes spécialisées (Infogreffe, LegalPlace, etc.) qui s'occupent de tout. Vous remplissez un formulaire, vous validez, et l'annonce paraît sous 48-72h.
  2. Directement au JAL : Vous envoyez le texte de l'annonce par email ou courrier au journal, qui vous envoie un devis, vous payez, l'annonce paraît.

Coût en 2026 : Forfait selon le département, généralement entre 150 et 220 € (Paris étant souvent plus cher). C'est un tarif réglementé par arrêté préfectoral.

Vous recevez une attestation de parution (ou le journal lui-même) que vous devrez fournir pour l'immatriculation.

Étape 4 : Immatricul

er la société

Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création d'entreprise passent par le guichet unique de l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) : formalites.entreprises.gouv.fr.

Constitution du dossier

Vous devez déposer en ligne :

Formulaire M0 (cerfa de déclaration de constitution) : Remplissez-le électroniquement sur le guichet unique. Il récapitule toutes les informations sur la SCI.

Statuts signés : Version originale signée par tous les associés, en format PDF. Si les statuts sont très longs, vous pouvez ne déposer qu'un exemplaire certifié conforme par le gérant.

Attestation de parution au JAL : Le document fourni par le journal.

Justificatif d'occupation du siège social :

  • Si local en propriété : titre de propriété
  • Si local loué : bail commercial ou copie du bail d'habitation + autorisation du propriétaire
  • Si domiciliation chez un associé : attestation d'hébergement + justificatif de domicile

Attestation de dépôt des fonds : Délivrée par la banque.

Déclaration des bénéficiaires effectifs : Formulaire identifiant les personnes physiques qui détiennent directement ou indirectement plus de 25% du capital ou des droits de vote, ou qui exercent un contrôle sur la société. Pour une SCI familiale classique, ce sont généralement les parents.

Pièces d'identité :

  • Copie recto-verso de la CNI ou passeport de chaque associé
  • Pour le gérant : déclaration sur l'honneur de non-condamnation et de filiation

Déclaration d'insaisissabilité (facultatif) : Si le gérant est un entrepreneur individuel par ailleurs, il peut protéger sa résidence principale des créanciers professionnels de la SCI.

Dépôt et traitement

Vous déposez le dossier complet via le guichet unique. Le greffe du tribunal de commerce compétent (celui du siège social) examine votre dossier sous 3 à 10 jours ouvrés. Si tout est conforme, il procède à l'immatriculation et vous délivre le Kbis.

Le Kbis est le document officiel qui atteste de l'existence juridique de votre SCI. Il mentionne :

  • Numéro SIREN (9 chiffres, unique et définitif)
  • Numéro SIRET (14 chiffres : SIREN + établissement)
  • Dénomination, forme juridique, capital
  • Adresse du siège
  • Identité du gérant
  • Date d'immatriculation

Avec le Kbis, vous pouvez :

  • Débloquer les fonds déposés à la banque
  • Signer l'acte d'achat chez le notaire
  • Ouvrir des comptes, contracter des emprunts
  • Agir juridiquement au nom de la SCI

Frais d'immatriculation en 2026

Greffe du tribunal de commerce : environ 66,88 € (frais réglementés)

TVA : Les frais de greffe sont soumis à TVA, ce qui porte le total à environ 80 €.

Si vous passez par un intermédiaire (avocat, plateforme en ligne) pour les formalités, ajoutez leurs honoraires : 50 à 300 € selon le service.

Étape 5 : Finaliser les démarches post-immatriculation

Une fois la SCI immatriculée, quelques démarches complémentaires :

Déblocage des fonds : Présentez le Kbis à la banque pour récupérer le capital déposé.

Déclaration fiscale : Dans les 15 jours de la création, déclarez la SCI au Service des Impôts des Entreprises (SIE) dont dépend le siège (formulaire Cerfa n°11921 ou M0 qui vaut déclaration). Précisez le régime fiscal choisi (IR par défaut, ou IS si option).

Assurances : Souscrivez une assurance Propriétaire Non Occupant (PNO) pour le bien immobilier, et éventuellement une responsabilité civile pour la SCI.

Registre des bénéficiaires effectifs : Depuis 2017, toutes les sociétés doivent déposer au greffe un document identifiant les bénéficiaires effectifs (personnes qui détiennent > 25% ou contrôlent la société). Cette obligation est remplie lors de l'immatriculation via le guichet unique, mais pensez à mettre à jour ce registre en cas de changement.

Budget global de création en 2026

Pour créer une SCI prête à acheter, prévoyez :

Tableau indicatif des coûts
Tableau indicatif des coûts
Poste Fourchette basse Fourchette haute
Rédaction des statuts 0 € (gratuit en ligne) 1 500 € (avocat sur-mesure)
Annonce légale 150 € 220 €
Immatriculation (greffe) 67 € 80 €
Compte bancaire pro 0 € (banques en ligne) 200 € (frais ouverture + 1re année)
Commissaire aux apports (si besoin) 1 000 € 2 500 €
Apports enregistrés (si nature) - 5% de la valeur
Accompagnement juridique global 500 € 2 000 €
Total indicatif 217 € 3 500 € à 8 000 €

Pour une SCI familiale classique sans apport en nature et avec statuts par avocat : comptez 1 000 à 1 500 € TTC tout compris.

Combien de temps pour créer une SCI ?

Si vous êtes bien organisé :

  • Rédaction des statuts : 1 à 2 semaines
  • Dépôt des fonds : 2-3 jours
  • Publication annonce légale : 2-3 jours
  • Immatriculation : 3 à 10 jours ouvrés

Total : 2 à 4 semaines entre la décision de créer et l'obtention du Kbis.

Si vous prenez votre temps ou passez par des professionnels (avocat qui rédige, plusieurs allers-retours) : 1 à 2 mois.

Astuce : Créez la SCI avant de signer le compromis de vente. Ainsi, c'est directement la SCI qui signe le compromis et l'acte définitif. Si vous signez le compromis en nom propre puis créez la SCI, il faudra faire un avenant au compromis pour substituer la SCI, ce qui peut compliquer.

Quel type de SCI choisir pour votre projet ?

La SCI familiale pour l'immobilier patrimonial

La SCI familiale est de loin le type le plus courant. Elle réunit exclusivement des membres d'une même famille : ascendants, descendants, collatéraux, conjoints, partenaires de PACS.

Qui peut être associé d'une SCI familiale ?

La notion de "famille" est assez large :

  • Conjoints : mariés, pacsés, concubins
  • Parents et enfants (y compris adoptés)
  • Grands-parents et petits-enfants
  • Frères et sœurs
  • Oncles, tantes, neveux, nièces
  • Beaux-parents et beaux-enfants (selon certaines interprétations)

Un mineur peut être associé, représenté par ses parents. Attention toutefois : certains actes (cession de parts, apports) nécessitent une autorisation du juge des tutelles.

Avantages fiscaux spécifiques

Donations avec abattement : Le principal atout de la SCI familiale est l'optimisation des transmissions grâce aux abattements fiscaux :

  • 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans
  • 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant tous les 15 ans
  • 15 932 € entre frères et sœurs tous les 15 ans
  • 7 967 € entre oncle/tante et neveu/nièce tous les 15 ans

Exemple : Un couple a 3 enfants. Ils peuvent donner 100 000 € chacun à chaque enfant, soit 600 000 € au total tous les 15 ans sans droits de donation. Si cette somme correspond à des parts de SCI endettée, la valeur réelle transmise peut être bien supérieure.

Pacte Dutreil immobilier : Dispositif récent (2019) permettant une exonération de 75% de la valeur des parts transmises si la SCI détient un bien loué à une société d'exploitation (votre entreprise par exemple) et que vous conservez les parts 4 ans avant et 4 ans après la transmission.

Régime matrimonial optimisé : Dans une SCI familiale, les époux peuvent choisir finement la répartition des parts selon leur régime matrimonial pour optimiser la transmission et protéger le patrimoine.

Cas d'usage privilégiés

Résidence secondaire familiale : Acheter une maison de vacances en famille pour éviter les conflits futurs et organiser l'usage (qui vient quand, qui paie quoi).

Transmission progressive : Acheter un bien que vous voulez léguer à vos enfants, en commençant à transmettre les parts progressivement pour profiter des abattements.

Protection d'un patrimoine familial : Garantir qu'un bien reste dans la famille, avec des clauses d'agrément strictes interdisant la cession à des tiers.

Gestion d'une succession : Après un héritage en indivision, créer une SCI pour sortir de l'indivision et organiser la gestion du bien de manière plus souple.

SCI de gestion locative

Une SCI de gestion a pour objet principal de détenir et gérer un patrimoine locatif professionnel. Elle se distingue de la SCI familiale par une approche plus business.

Caractéristiques

  • Objectif de rendement locatif important
  • Plusieurs biens dans le patrimoine
  • Gestion plus formalisée (comptabilité rigoureuse)
  • Associés pas nécessairement de la même famille
  • Souvent soumise à l'IS pour optimiser fiscalement

Avantages

Permet de mutualiser plusieurs biens au sein d'une structure unique, facilitant la gestion globale et les financements croisés. La SCI peut emprunter pour acheter un second bien en se servant du premier comme garantie.

Exemple : Une SCI détient un premier immeuble de 500 000 € sans dette. Elle l'hypothèque pour emprunter 300 000 € et acheter un second bien, développant ainsi le patrimoine par effet de levier.

SCI d'attribution

La SCI d'attribution (ou SCI de construction-vente) permet à plusieurs personnes d'acheter ensemble un terrain, d'y construire, puis de se répartir les lots.

Fonctionnement

Chaque associé a vocation à devenir propriétaire d'un lot privatif à l'issue de la construction. Une fois les lots attribués, la SCI est généralement dissoute.

Exemple : Quatre familles achètent un terrain de 2 000 m² via une SCI d'attribution. Elles font construire 4 maisons individuelles. Une fois les maisons achevées, chaque famille se voit attribuer sa maison et son terrain, et la SCI disparaît.

Limites

C'est un montage complexe, peu utilisé en pratique car :

  • Nécessite un promoteur ou maître d'œuvre compétent
  • Fiscalité lourde (TVA sur la construction, droits de mutation lors de l'attribution)
  • Risque de requalification en activité commerciale
  • Préférez souvent une simple indivision pour ce type de projets courts

SCI de construction-vente

Attention, ce type de SCI est très risqué fiscalement. Si vous achetez un terrain pour construire et revendre rapidement avec une plus-value, l'administration fiscale peut requalifier votre SCI en marchand de biens (activité commerciale), avec les conséquences :

  • Perte du régime civil de la SCI
  • Imposition en BIC (bénéfices industriels et commerciaux)
  • Plus-values professionnelles taxées lourdement

Évitez ce montage sauf accompagnement par un fiscaliste pointu.

SCI et démembrement : usufruit / nue-propriété

Une stratégie très efficace consiste à démembrer les parts de la SCI entre usufruit (droit de jouir du bien et d'en percevoir les revenus) et nue-propriété (droit de propriété sans jouissance).

Transmission avec réserve d'usufruit

Les parents créent une SCI, achètent un bien, puis donnent la nue-propriété des parts aux enfants en conservant l'usufruit.

Avantages :

  • Les enfants acquièrent un patrimoine à moindre coût fiscal (la nue-propriété vaut 50 à 80% de la pleine propriété selon l'âge de l'usufruitier)
  • Les parents gardent les revenus locatifs et le contrôle (en tant qu'usufruitiers-gérants)
  • Au décès des parents, l'usufruit s'éteint automatiquement, les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits de succession sur la quote-part démembrée

Exemple : Parents de 65 ans, SCI avec bien de 400 000 €. Ils donnent la nue-propriété (valorisée à 40% soit 160 000 €) à leurs 2 enfants. Donation de 80 000 € par enfant, sous l'abattement. Les parents continuent à percevoir les loyers à vie. À leur décès à 85 ans, les enfants récupèrent la pleine propriété d'un bien qui vaut alors peut-être 600 000 €, sans droits supplémentaires.

Quasi-usufruit

Variante : les parents donnent la pleine propriété mais se réservent un quasi-usufruit (droit d'utiliser le bien et même de le vendre, à charge de restituer la valeur équivalente aux enfants au décès). Technique très sophistiquée, à manier avec un notaire.

Exemples concrets et cas pratiques

Cas n°1 : Résidence secondaire familiale avec transmission progressive

Profil : Les époux Leroux (55 et 53 ans) veulent acheter une maison en Provence à 450 000 € avec leurs deux enfants majeurs (28 et 30 ans) pour en faire la résidence secondaire familiale et préparer la transmission.

Montage :

  • Création d'une SCI familiale "Les Cigales"
  • Capital : 100 000 € réparti : parents 70 000 € (70%), enfant 1 : 15 000 € (15%), enfant 2 : 15 000 € (15%)
  • Emprunt SCI : 350 000 € sur 20 ans (1 750 €/mois)
  • Monsieur et Madame Leroux sont co-gérants
  • Statuts : les parents ont un droit d'usage prioritaire de la maison jusqu'à leurs 75 ans

Stratégie fiscale :

  • Année 1 : Donation de 5% de parts à chaque enfant (valeur : 11 250 € chacun après déduction de la dette)
  • Tous les 2-3 ans : Nouvelle donation de 5%, profitant de l'abattement de 100 000 € par parent
  • Après 10 ans : Les enfants détiennent 55% des parts, sans avoir payé de droits
  • Les parents restent gérants et continuent de gérer la maison et le remboursement du crédit

Avantages :

  • Cadre juridique clair pour l'usage familial du bien
  • Transmission progressive sans fiscalité
  • Parents gardent le contrôle via la gérance
  • Évite l'indivision et les conflits futurs

Cas n°2 : Investissement locatif entre amis avec pacte d'associés

Profil : Sophie (32 ans, cadre, 45 000 €/an) et Alexandre (35 ans, ingénieur, 55 000 €/an) sont amis depuis l'université. Ils veulent investir ensemble dans un immeuble de 3 appartements à Bordeaux pour 420 000 €.

Montage :

  • SCI "Invest Bordeaux", capital 80 000 € (50/50 : 40 000 € chacun)
  • Emprunt : 340 000 € sur 20 ans
  • Loyers estimés : 24 000 €/an (2 000 €/mois)
  • SCI à l'IR (simplicité et perspective de plus-value exonérée long terme)
  • Sophie est gérante (elle habite Bordeaux et peut gérer les locataires)

Clauses statutaires essentielles :

  • Droit de préemption : En cas de vente, l'autre associé peut racheter les parts au même prix que l'offre extérieure
  • Clause de sortie : Si un associé veut partir, rachat par l'autre à une valeur fixée par expertise immobilière moins quote-part de dette
  • Garantie de passif : En cas de sortie, le sortant reste garant des dettes contractées sous sa période pendant 5 ans
  • Répartition des bénéfices : 50/50, mais la gérante (Sophie) perçoit une indemnité de gestion de 500 €/an

Pacte d'associés séparé (document hors statuts, confidentiel) :

  • Engagement de garder les parts au moins 10 ans sauf cas de force majeure (mutation professionnelle, divorce, maladie)
  • En cas de conflit, médiation obligatoire avant toute action en justice
  • Si un associé ne peut plus payer sa part de mensualités, l'autre prend le relai mais récupère des parts en compensation

Résultats après 5 ans :

  • Bien valorisé à 480 000 €
  • Capital restant dû : 270 000 €
  • Valeur nette : 210 000 € (105 000 € par associé)
  • Loyers cumulés perçus : 120 000 € moins charges et mensualités : environ 30 000 € de bénéfice net cumulé

Alexandre veut sortir pour acheter sa résidence principale. Sophie rachète ses parts pour 105 000 €, financés par un nouvel emprunt personnel. Elle devient seule propriétaire de la SCI.

Cas n°3 : Transmission progressive avec démembrement

Profil : Monsieur Martin (65 ans, retraité aisé) veut acheter un local commercial de 300 000 € pour le louer et le transmettre progressivement à ses 2 enfants (35 et 38 ans) sans perdre les revenus locatifs.

Montage :

  • Création SCI "Martin Patrimoine"
  • Capital : 150 000 € (apport M. Martin)
  • Emprunt : 150 000 € sur 15 ans (remboursement par les loyers)
  • M. Martin détient 100% des parts initialement
  • Loyers : 18 000 €/an (1 500 €/mois)

Stratégie de transmission :

Année 1 - Donation de nue-propriété :

  • M. Martin donne la nue-propriété de 50% des parts à chaque enfant
  • Il conserve l'usufruit de 100% (droit aux revenus + gestion)
  • Valorisation : À 65 ans, l'usufruit vaut 50% et la nue-propriété 50%
  • Donation fiscale : 50% × 300 000 € × 50% (quote-part nue-propriété) = 75 000 € par enfant
  • Sous l'abattement de 100 000 €, aucun droit à payer

Conséquences :

  • M. Martin reste gérant, perçoit 100% des loyers, rembourse le crédit
  • Les enfants sont nus-propriétaires mais ne touchent rien et ne décident rien
  • Au décès de M. Martin (estimé dans 20 ans), l'usufruit s'éteint
  • Les enfants deviennent pleins propriétaires d'un bien qui vaudra alors peut-être 500 000 €, sans crédit
  • Aucun droit de succession sur cette quote-part (réunion usufruit/nue-propriété)

Économie fiscale :

  • Sans SCI : Bien de 500 000 € dans la succession, taxé après abattement à 20-30% soit 50 000 à 100 000 € de droits
  • Avec SCI : 0 € de droits sur les 50% donnés en nue-propriété, économie de 25 000 à 50 000 €

Alternative si M. Martin veut transmettre plus vite :

Année 1 : Don de nue-propriété comme ci-dessus

Année 5 : L'emprunt est remboursé aux 2/3. M. Martin, qui vieillit, veut transmettre aussi l'usufruit. Il fait une donation de son usufruit viager (valorisé à 40% à 70 ans) soit 40% × 150 000 € × 100% = 60 000 € par enfant. Sous abattement.

Total transmis sans droits : quasi 100% du patrimoine, progressivement.

Cas n°4 : Protection du patrimoine pour un chef d'entreprise

Profil : Madame Dubois (42 ans) est PDG d'une startup en croissance. Elle veut acheter sa résidence principale (600 000 €) en la protégeant des risques professionnels.

Montage :

  • Création SCI familiale avec son conjoint
  • Capital : 150 000 € répartis : Madame 30% (45 000 €), Monsieur 70% (105 000 €)
  • Emprunt : 450 000 € contracté par la SCI
  • Monsieur est gérant majoritaire et unique
  • Madame est associée minoritaire

Effet protecteur :

  • La résidence appartient à la SCI, pas à Madame Dubois personnellement
  • En cas de difficultés de l'entreprise, les créanciers professionnels peuvent saisir les parts que Madame détient (30%), mais pas directement le bien
  • La saisie de parts est plus complexe et moins attractive pour les créanciers
  • Monsieur, en tant que gérant majoritaire, continue à gérer normalement

Limite : Cette protection n'est pas absolue. Si la SCI a été créée frauduleusement pour échapper aux créanciers, les juges peuvent écarter le "voile sociétaire". Et certains créanciers (fisc, URSSAF) ont des droits étendus.

Renforcement : Madame peut aussi faire une déclaration d'insaisissabilité de sa résidence principale auprès d'un notaire, cumulable avec la SCI.

Cas n°5 : SCI pour éviter l'indivision post-succession

Profil : Monsieur Rousseau décède, laissant un appartement locatif de 350 000 € à ses 3 enfants en indivision (116 666 € chacun).

Problème :

  • Les 3 héritiers ne s'entendent pas sur la gestion
  • L'un veut vendre, les deux autres garder
  • L'appartement génère 12 000 €/an de loyers, mais impossible de décider des travaux ou de l'augmentation du loyer (règle de l'unanimité)

Solution : Sortie de l'indivision par création d'une SCI

Procédure :

  1. Les 3 héritiers créent une SCI "Rousseau Frères"
  2. Capital : 350 000 € en nature (apport de l'appartement)
  3. Répartition : 33,33% chacun (116 666 € de parts)
  4. Nomination d'un gérant (l'un des frères ou un gérant extérieur)
  5. Statuts prévoyant majorité des 2/3 pour les décisions importantes

Avantages immédiats :

  • Fin de l'indivision et de la règle de l'unanimité paralysante
  • Les travaux, augmentation de loyer, etc. peuvent être votés à 2 contre 1
  • Cadre juridique clair pour la gestion et répartition des revenus
  • Si l'un veut sortir, clause de préemption pour les autres

Fiscalité de l'opération :

  • L'apport du bien indivis à la SCI par les héritiers bénéficie d'un régime de faveur : pas de droits de mutation si l'apport est fait dans les 6 mois du décès et que la répartition des parts correspond à la répartition successorale
  • Important : utilisez ce délai de 6 mois, sinon vous paierez 5% de droits d'enregistrement

Résultat : La famille retrouve une gestion apaisée, chacun conserve ses droits patrimoniaux, mais la SCI permet des décisions sans blocages.

En conclusion, acheter un bien immobilier via une SCI offre une flexibilité juridique et fiscale considérable, particulièrement pour les projets à plusieurs ou les stratégies de transmission. Cependant, cette structure impose des contraintes administratives et des coûts qu'il ne faut pas sous-estimer. Le choix du régime fiscal (IR ou IS) et la rédaction des statuts sont des étapes cruciales qui méritent l'accompagnement d'un professionnel (avocat, notaire, expert-comptable) pour sécuriser votre investissement sur le long terme.

Avant de vous lancer, posez-vous les bonnes questions : Combien d'associés ? Quel horizon de détention ? Quelle stratégie de sortie ? Quel niveau de formalisme êtes-vous prêt à assumer ? Les réponses orienteront votre choix vers une SCI ou vers des solutions alternatives (indivision aménagée, achat en nom propre, autre forme de société).

Et n'oubliez pas : une SCI bien conçue dès le départ, avec des statuts adaptés et une stratégie fiscale claire, vous fera économiser du temps, de l'argent et des conflits pendant des décennies.

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